
Le livre Apple in China de Patrick McGee, s’appuyant sur plus de 200 interviews d’anciens dirigeants et ingénieurs d’Apple, met en lumière une question troublante : l’iPhone pourrait être anéanti en un clin d’œil si le gouvernement chinois le désirait.
Avec une recherche rigoureuse et des récits informatifs, ce livre rappelle les travaux de Walter Isaacson sur Steve Jobs. Bien qu’Apple conteste la véracité de certaines affirmations, l’argumentaire présenté par McGee est particulièrement convaincant.
L’histoire débute avec un constat bien connu. En 1996, Apple perdait de l’argent sur chaque produit vendu et risquait de faire faillite. Pour s’en sortir, l’entreprise a décidé de vendre ses usines et d’externaliser sa production, s’orientant rapidement vers des entreprises taïwanaises établies en Chine.
Ces choix étaient motivés par les coûts bas et la capacité de production, mais manquaient de la précision et de l’excellence exigées par Steve Jobs. Pour pallier cela, Apple a envoyé des ingénieurs en Chine, les intégrant aux usines locales pour former des fournisseurs émergents à la fabrication de produits de qualité.
Cela a concerné non seulement les lignes de production pour les produits Apple, mais aussi celles de centaines d’autres entreprises dans la chaîne d’approvisionnement. En formant et en soutenant de nombreux fabricants chinois, Apple a contribué à moderniser une grande partie de l’économie chinoise.
Selon les estimations d’Apple, l’entreprise a formé environ 28 millions de personnes, investissant 275 milliards de dollars dans l’amélioration des capacités de production du pays durant ses premières années d’activités. Cette stratégie a permis de transformer la Chine d’un centre de production peu coûteux en un leader mondial de la fabrication avancée.
Cependant, cette force qui semblait auparavant avantageuse pose aujourd’hui problème. En apprenant à la Chine à produire massivement des produits de qualité, Apple a également révélé comment réduire les coûts sans compromettre la qualité. Ce phénomène a eu des conséquences profondes :
- Sur Apple : Les investissements significatifs dans les usines taïwanaises et chinoises ont fait que, désormais, il n’existe pratiquement nulle part ailleurs où ses produits puissent être fabriqués. Bien qu’Apple souligne la fabrication de certains iPhones en Inde, la réalité est que seule l’assemblage y est effectué, les composants provenant majoritairement de Taïwan ou de Chine.
- Sur l’économie américaine : Les capacités de production précises et à bas prix ont fait de la Chine un acteur incontournable dans le secteur manufacturier, poussant de nombreuses entreprises américaines à délocaliser leur production.
- Sur l’économie mondiale : Les consommateurs qui avaient le choix entre des produits occidentaux de qualité et des produits chinois bon marché se voient désormais confrontés à des marques chinoises comme Huawei, qui concurrencent les segments premium autrefois réservés aux grandes marques occidentales.
La conclusion la plus inquiétante du livre est que si un jour la Chine décidait de fermer la porte à Apple, cela pourrait se faire du jour au lendemain. Brady MacKay, ancien agent spécial des États-Unis, précise : « Ils peuvent vous faire tomber à tout moment, que ce soit en bloquant les matières premières ou en limitant l’accès à l’électricité. » Si jamais le gouvernement chinois juge que la fabrication pour Apple est moins lucrative que de stimuler la demande pour des marques premium chinoises, Apple pourrait se retrouver dans une situation critique.
Ce livre pose ainsi une question fondamentale sur la dépendance d’Apple à l’égard de la Chine, un sujet d’une portée et d’une urgence considérables.