
Vous avez une idée de jeu griffonnée entre deux stations de métro : une ferme cyberpunk, des voisins à séduire, des légumes fluorescents. Jusqu’ici, il fallait apprendre à construire, programmer, régler les collisions, puis accepter que le rêve ressemble d’abord à trois cubes qui se cognent. Roblox veut court-circuiter cette étape avec Build, un outil d’IA capable de générer les premières bases d’une expérience à partir d’un prompt.

Le principe tient en une phrase : vous décrivez un jeu, Build fabrique un prototype modifiable, que vous pouvez ensuite enrichir par de nouvelles consignes ou reprendre dans Roblox Studio.
Une ferme néon sortie d’une seule consigne
Lors d’une démonstration à la conférence RDC 2026, l’outil a reçu une demande très précise : un simulateur de ferme cyberpunk, avec des PNJ dont on peut devenir ami. En une dizaine de minutes, il a assemblé Neon Harvest: Afterdark : six personnages, six parcelles éclairées au néon et une mécanique de plantation. Pas une ville ouverte complète, en revanche. L’IA a elle-même réduit cette ambition à un bâtiment plus petit, vraisemblablement pour produire quelque chose de gérable rapidement.
C’est le détail le plus intéressant : Build ne prétend pas livrer un jeu fini à publier tel quel. Il sert de point de départ, avec des explications sur ce qu’il construit et des suggestions de mécaniques à ajouter. Pour un créateur qui bloque devant une page blanche ou les outils de Roblox Studio, ce peut être un brouillon jouable plutôt qu’un cours de programmation. Pour quelqu’un qui espère taper « fais-moi le prochain carton Roblox », ce sera nettement moins magique.

Le risque du robinet à contenus
Roblox dit vouloir empêcher les copies trop directes : lorsqu’un utilisateur réclame le clone d’un jeu existant, Build est censé le réorienter vers une autre proposition. L’intention est saine, mais elle ne règle pas tout. Entre « copie ce jeu » et « fais un jeu avec ses idées, son rythme et son esthétique », la frontière est rarement aussi propre qu’un bouton de refus.
Le débat ne s’arrête pas au plagiat. Des créateurs présents à la conférence ont aussi exprimé une inquiétude très concrète : si l’outil rend la production de prototypes instantanée, la plateforme risque de recevoir encore davantage de jeux jetables. Roblox dispose déjà d’une montagne d’expériences où dénicher la bonne relève parfois de la pêche à l’épuisette. Ajouter un accélérateur de contenu ne garantit pas d’ajouter un accélérateur de bonnes idées.
Le développeur de Bee Swarm Simulator résume bien le nœud du problème : il voit une utilité à l’IA pour l’ingénierie, mais craint qu’elle ne rende le travail de designer secondaire. Dans son jeu, les abeilles et la musique sont faites à la main. Une autre créatrice rappelle, elle, que les joueurs continueront de chercher cette part humaine. C’est sans doute là que Build sera jugé : non pas sur sa capacité à sortir une ferme en dix minutes, mais sur ce que les gens en feront après la dixième minute.
Roblox sur iPhone : une immense vitrine, pas un atelier complet
Sur iPhone et iPad, Roblox reste avant tout l’immense galerie de jeux créés par sa communauté : jeux de rôle, courses, jeux d’horreur, simulations, shooters ou collections d’avatars. Les captures officielles montrent une interface française sombre, pensée pour le vertical, avec une barre de navigation en bas, des cartes de jeux très colorées, une recherche, une liste d’amis et tout un écran de personnalisation d’avatar. Le bouton bleu de lancement est bien visible sur les fiches de jeu ; impossible, en revanche, de confondre l’application mobile avec un logiciel de création complet.
Roblox Studio, l’outil de production destiné à reprendre et modifier des projets, est disponible sur Windows et Mac. Build a été montré sur iPad pendant la démonstration, mais cette présentation ne signifie pas que l’outil est déjà ouvert à tous les joueurs sur l’application iPhone ou iPad. Il est encore en phase de test.

Gratuit à l’entrée, achats partout autour
L’application Roblox est gratuite sur iPhone et iPad, demande au minimum iOS ou iPadOS 14 et pèse environ 222 Mo au téléchargement. Elle est classée 12+ et son interface est proposée en français. Mais « gratuit » décrit la porte d’entrée, pas forcément la balade : les expériences peuvent vendre des objets, des monnaies virtuelles et parfois des objets aléatoires. La personnalisation de l’avatar est aussi une grosse partie de l’écosystème, donc mieux vaut savoir où l’on met les pieds avant de confier un moyen de paiement à un jeune joueur.
Les avis récents racontent d’ailleurs deux Roblox très différents. Beaucoup saluent la variété et les créations de la communauté ; un joueur parle d’une plateforme où les créateurs font de « gros efforts ». D’autres reprochent le prix des Robux, des objets d’avatar disparus, ou encore les mécanismes de vérification d’âge et de chat. Ce ne sont que des témoignages, mais ils rappellent que la plateforme n’est pas seulement un catalogue de mini-jeux : c’est aussi un espace social et marchand qui demande un minimum de surveillance familiale.
Build intéressera les joueurs qui rêvent de passer du côté créateur sans commencer par apprendre tout Roblox Studio, et les curieux désireux de voir jusqu’où une consigne peut aller. Les développeurs attachés à chaque décor, chaque personnage et chaque règle conçus à la main y verront plutôt un outil à garder à distance, ou au moins sous surveillance. Une IA peut poser les murs d’une ferme au néon ; elle ne décide pas encore pourquoi vous auriez envie d’y rester.

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Source : Roblox Corporation