
Un monde entier tient dans quelques taches de couleur, et il suffit parfois d’un mauvais jet de dés pour perdre le continent que vous regardiez déjà comme votre propriété. Strategery revient sur iPhone et iPad avec cette idée très 2008, dans le bon sens du terme : un jeu de conquête abstrait qui enlève les uniformes, les cinématiques et les arbres de compétences pour ne garder que la carte, les territoires voisins et les probabilités.

Le principe se comprend en une phrase : vous contrôlez des régions colorées remplies de pions, vous attaquez une région adjacente en lançant ces pions comme des dés, et le dernier joueur à posséder des territoires gagne la partie.
Un Risk de poche passé au taille-crayon
Strategery appartient à cette famille de jeux de plateau numériques qui ne perd pas son temps à raconter une guerre : il vous pose devant une carte et vous demande où concentrer vos forces. Chaque territoire contrôlé rapporte de nouveaux pions. Pour lancer une attaque, il faut disposer d’au moins deux pions sur une région ; plus la pile est haute, plus les chances de remporter le lancer semblent de votre côté. Mais ce sont bien les dés qui rendent chaque offensive incertaine. Le calcul compte, le hasard vient ensuite vous rappeler qu’il est chez lui.
La version 4.0 ne se contente pas de remettre l’ancienne application dans la circulation. Elle a été reconstruite pour les versions actuelles d’iOS, avec une présentation revue, le multijoueur restauré et un nouveau mode Chaos. Dans ce dernier, certaines régions marquées d’une étoile déclenchent une roue d’événements une fois conquises : apparition de nouvelles terres, frontières redessinées, pions supplémentaires ou traîtres qui changent de camp. Le mode Classique, lui, conserve la formule sans ces accidents de parcours.
Vous pourrez régler la taille de carte, le niveau de l’adversaire contrôlé par l’ordinateur et la répartition initiale des armées. Les noms de pays sont générés aléatoirement, tandis qu’un commentaire informatique un peu moqueur accompagne les affrontements. Ce n’est pas de la grande fresque historique ; c’est plutôt un échiquier de conquête qui préfère vous voir prendre une décision discutable en trente secondes.

Des hexagones, des couleurs et aucun soldat à admirer
Les captures officielles annoncent clairement la couleur : vue du dessus, fond gris anthracite, territoires en tuiles hexagonales et pions ronds posés en petits groupes. Les camps bleu, vert, orange, rouge ou violet ressortent nettement sur cette interface sombre. Un compteur indique les couleurs encore présentes, tandis que le bouton End Turn attend en bas à droite que vous assumiez vos choix.
On voit aussi une navigation très directe, avec les boutons Back, Options, New Map et Play This Map, des flèches pour modifier les paramètres, et trois portes d’entrée : partie solo, jeu à plusieurs sur le même appareil et partie en ligne. L’interface est en anglais, comme l’application entière : un point à connaître avant l’achat si vous cherchez un jeu traduit en français. Les règles restent visuelles et peu chargées en texte, mais les menus ne le sont pas.
Le canapé, les notifications ou la machine
Strategery propose trois manières de jouer. En solo, vous affrontez l’ordinateur sur des cartes dont vous choisissez l’ampleur. En Pass and Play, un seul iPhone ou iPad circule entre les joueurs : le genre de format parfait pour transformer un trajet ou un café en petite guerre froide. Le jeu en ligne permet enfin de jouer chacun de son côté et d’être prévenu quand vient son tour.
Cette dernière option compte beaucoup pour les anciens joueurs : dans les avis français publiés au fil des années, plusieurs saluaient la possibilité de mener plusieurs parties à distance et la variété apportée par les cartes et réglages. Mais le tableau n’était pas uniforme. D’autres reprochaient à l’intelligence artificielle de devenir répétitive ou peu convaincante selon les niveaux. Ces témoignages concernent les anciennes versions, pas cette reconstruction de 2026 ; ils disent surtout pourquoi le retour du multijoueur est plus intéressant que la simple remise en ligne d’un vieux binaire.

Pour les calculateurs qui acceptent les dés
Ce retour devrait parler aux amateurs de jeux abstraits, de cartes générées et de parties où un territoire frontalier peut devenir le centre du monde. Si vous aimez anticiper les attaques adverses, empiler des unités avant de frapper et refaire mentalement vos probabilités, Strategery coche les bonnes cases. Le mode Chaos vise aussi ceux qui trouvent qu’une carte trop stable finit par ressembler à un tableur avec des couleurs.
En revanche, passez votre chemin si vous attendez une campagne scénarisée, des unités aux capacités différentes, une reconstitution militaire ou un jeu où le meilleur plan gagne systématiquement. Ici, les régions sont des formes colorées, les combats se règlent aux dés et la part de hasard n’est pas cachée sous le tapis. C’est précisément son contrat.
Strategery est un jeu payant à 5,99 €, sans formule d’abonnement annoncée. Les personnes qui possédaient déjà l’original peuvent accéder à cette version remise à jour. Il fonctionne sur iPhone et iPad, à condition d’être sous iOS ou iPadOS 18 au minimum, et ne pèse qu’environ 52 Mo. Je ne l’ai pas installé : voilà ce que cette nouvelle édition met sur la table. À vous de voir si une poignée de pions et une carte d’hexagones suffisent à faire naître votre petit Napoléon de canapé.

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Source : Lex Friedman