
Vous posez enfin votre mot à sept lettres, fier comme un coq, et le jeu vous répond : « bien, maintenant il faut faire beaucoup mieux ». C’est le genre de petit piège mental que prépare Beyond Words: A Word Roguelike, une grille de lettres à la Scrabble passée dans le moulin d’un roguelike de score. Le principe est clair très vite : former des mots sur un plateau, atteindre des objectifs qui montent, puis récupérer de quoi tordre les règles à votre avantage.

Le jeu est vendu 4,99 € sur l’App Store, pour iPhone et iPad sous iOS ou iPadOS 16 au minimum. Il pèse environ 185 Mo et affiche une classification 4+. Ce n’est donc pas un free-to-play qui vous tend une boîte de jetons toutes les trois minutes : on achète le jeu d’entrée. En revanche, il faut être parfaitement à l’aise avec l’anglais : Beyond Words n’est proposé qu’en anglais, texte et interface compris. Pour un jeu dont le cœur est le vocabulaire, ce détail décide à lui seul si vous êtes concerné ou non.
Des lettres, des multiplicateurs et des règles qui bougent
L’idée n’est pas seulement de battre un score avec les lettres reçues. Chaque partie vous demande de bâtir une machine à points : modifier la valeur de certaines tuiles, dupliquer une lettre utile, écarter celles qui encombrent votre tirage, et combiner bonus, cartes et pouvoirs. Le studio annonce plus de 300 modificateurs et capacités répartis entre tuiles spéciales, cartes de renfort, objets à ramasser et avantages persistants au fil d’une partie.
C’est là que la référence à Balatro a du sens : pas parce que Beyond Words copie son univers, mais parce qu’il applique au jeu de lettres cette logique de combinaisons qui prennent de l’ampleur. Un mot ne sert pas seulement à finir un tour ; il peut préparer une zone du plateau, activer un effet ou nourrir un multiplicateur pour le coup suivant. Sur le papier, c’est moins un duel de dictionnaire qu’un puzzle de placement où l’on cherche le mot qui fera aussi travailler tout le reste.
Les objectifs et les règles changent d’un plateau à l’autre. Beyond Words promet aussi plus de trente défis de « boss », des objectifs qui viennent contrarier les habitudes de placement, ainsi qu’une quarantaine de défis fabriqués à la main. À côté de cela, des parties avec graines prédéfinies permettent de rejouer une même configuration, tandis qu’un mode contre-la-montre fait passer la réflexion par le filtre, nettement moins reposant, du chrono. Une variante à score négatif est également annoncée : de quoi transformer chaque lettre mal placée en petit caillou dans la chaussure.

Une grille qui préfère la bande dessinée au casino
Les captures officielles évitent l’esthétique sombre et saturée de néons souvent collée aux roguelikes. Ici, la grille est vue de dessus, au centre de l’écran, avec de grandes tuiles carrées et des mots qui se croisent horizontalement ou verticalement. Les fonds alternent vert, jaune, bleu et violet ; les contours épais, les flèches et les pictogrammes donnent à l’ensemble une allure de puzzle illustré, presque de jeu de société pour tous âges.
L’écran réserve un panneau à gauche pour le score et la progression, des boutons ronds sur les côtés, et une rangée inférieure pour les cartes ou objets disponibles. Certaines cases portent des symboles et paraissent modifier l’effet d’une lettre posée dessus. D’autres écrans montrent un choix entre plusieurs cartes illustrées. On voit donc bien la couche roguelike : la grille n’est pas seule, elle est encadrée par un inventaire de règles temporaires à sélectionner.
Cette lisibilité colorée peut parler à ceux qui trouvent les imitateurs de Balatro un peu trop occupés à jouer les machines à sous d’un rêve fiévreux. Mais elle ne rend pas le vocabulaire moins central : les libellés, les descriptions de cartes et les mots à construire sont en anglais. Les francophones qui aiment les jeux de lettres en français risquent de se heurter ici à une porte fermée, même avec un très bon niveau scolaire.

Le dictionnaire dans une main, la calculette dans l’autre
Je ne l’ai pas installé, donc impossible de vous vendre une sensation de jeu ou de prétendre savoir à quel point les synergies tiennent la route sur une longue série de parties. Ce que Beyond Words propose est en revanche très net : un jeu de mots solo qui demande de composer avec des contraintes mouvantes plutôt que de simplement chercher le plus beau mot possible.
Vous devriez le garder dans le viseur si vous aimez déjà les jeux de score à constructions de combos, les grilles de lettres et le plaisir un peu coupable de dénicher un mot improbable au bon moment. Les joueurs qui apprécient les défis rejouables, les parties à graines et les chronos y trouveront plusieurs façons d’aborder la même idée.
Passez votre chemin si vous cherchez une partie tranquille de Scrabble en français, un jeu multijoueur de salon, ou si lire et manipuler des mots anglais vous fatigue déjà. Beyond Words ne cherche pas à remplacer le jeu de plateau : il prend ses lettres, leur met des pouvoirs absurdes dans les poches, puis leur demande de survivre à des objectifs de score toujours plus exigeants. À 4,99 €, c’est une proposition assez précise pour savoir tout de suite de quel côté de la grille vous vous situez.

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Source : PQube Limited