
Dans certains donjons, un faucheur vous frappe. Ici, il vous appelle par votre nom. Une fois, deux fois, trois fois : si vous êtes encore dans son champ de vision au troisième tour, votre aventure s’arrête là. Seolhwa Dungeon a compris un truc que beaucoup de roguelikes oublient : une bonne règle cruelle raconte déjà une histoire.

Le principe tient en une phrase : vous descendez, case après case et tour après tour, dans un donjon généré à chaque nouvelle partie, où les créatures et les événements tirent leurs pouvoirs des contes populaires coréens.
Le mot « seolhwa » désigne justement ces récits traditionnels. Ici, ils ne sont pas coincés dans un codex que personne n’ouvrira. Un serpent Imugi peut devenir dragon si le combat dure trop longtemps, puis inonder tout l’étage. Une procession funéraire impose un choix : s’écarter et s’incliner, ou lui barrer le passage. Vous pouvez lutter contre un dokkaebi, accepter le repas d’une jeune femme-escargot, ou vous attirer les foudres d’une divinité. La légende devient une mécanique, et chaque mécanique semble venir avec une facture.
Des superstitions transformées en règles de survie
Le studio annonce huit dieux à servir, chacun assorti d’un interdit. Le genre de pacte où la bénédiction est utile jusqu’au moment où vous oubliez la petite ligne écrite en bas du contrat. À cela s’ajoutent 14 espèces jouables et 12 classes : guerriers-renards, chamans, géomanciens ou bouffons font partie du casting annoncé. La progression passe notamment par des cartes de sorts : une est proposée à chaque niveau parmi un ensemble de 32, de quoi différencier deux parcours avec la même classe sans promettre une construction totalement maîtrisée.
La mort permanente est au centre du programme. Pas de retour en arrière annoncé : une défaite renvoie au premier étage, pendant que le donjon change de disposition pour la tentative suivante. Le parcours traverse une mine d’argent hantée par des feux follets, un tombeau royal aux cercueils déjà ouverts, un marais noyé de brouillard et un repaire de gumiho, le renard à neuf queues des mythes coréens. L’accès au monde souterrain demanderait de réunir deux perles, tandis que plusieurs donjons secondaires se greffent sur la route.

Ce cadre a un avantage assez rare : il donne une identité aux ennemis plutôt que de les réduire à « gobelin bleu, gobelin rouge, gobelin qui a 20 % de vie en plus ». Plus de 130 yokai sont annoncés dans le bestiaire, avec le conte dont ils sont issus. Si vous aimez les jeux qui vous poussent à comprendre pourquoi une créature réagit comme elle réagit, plutôt qu’à simplement comparer ses statistiques, c’est clairement le morceau le plus intéressant de Seolhwa Dungeon.
Un petit théâtre de pixels, en portrait
Les images officielles montrent un jeu en pixel art 2D, pensé pour l’écran vertical. Les donjons sont vus de dessus, avec un personnage encerclé au milieu de salles sombres et de couloirs colorés. La palette saute entre bleus profonds, violets, verts de marais et oranges de feu, sans chercher le réalisme : c’est de la fantasy sombre en petits carrés, avec des monstres lisibles et des décors chargés juste ce qu’il faut.
L’interface affiche cartes de zones reliées, feuilles de personnage, statistiques, objets et jauges. Dans les salles, les boutons « Wait » et « Auto-fight » sont visibles, de même que des commandes pour entrer dans un donjon ou revenir en arrière. Tout ce qui apparaît à l’écran est en anglais : un point à garder en tête si vous cherchez un roguelike intégralement traduit en français. Les textes de contes et les descriptions de créatures risquent d’être une part importante du plaisir ; mieux vaut donc être à l’aise avec cette langue.

Pour les joueurs qui aiment perdre avec une raison
Seolhwa Dungeon vise les habitués de Shattered Pixel Dungeon, de NetHack et des roguelikes au tour par tour où regarder autour de soi compte autant que frapper. Il devrait aussi parler aux curieux de folklore coréen qui veulent autre chose qu’un décor vaguement asiatique plaqué sur des monstres interchangeables. Les parties sont annoncées entre 40 minutes et deux heures : ce n’est pas le petit jeu à lancer machinalement entre deux stations de métro.
En revanche, passez votre chemin si la mort permanente vous hérisse déjà, si vous voulez une histoire guidée ou si l’anglais constitue un frein. Le jeu semble construire sa tension sur des règles à découvrir, des tabous à mémoriser et des conséquences parfois définitives. Ce n’est pas un endroit où l’on avance en appuyant au hasard sur le bouton d’attaque.
Je ne l’ai pas installé : voilà ce que le jeu promet et ce que ses visuels laissent voir, pas un verdict après partie. Mais l’idée mérite le détour, parce que ses contes semblent façonner le donjon au lieu de simplement décorer ses murs.
Seolhwa Dungeon: Roguelike RPG est gratuit au téléchargement sur iPhone et iPad, nécessite iOS ou iPadOS 15 au minimum et pèse environ 95 Mo. Il se joue hors ligne et ne demande pas de compte. Un achat optionnel, la collection de contes, débloque des espèces et classes supplémentaires ; le reste du modèle économique annoncé tient donc davantage du déverrouillage de contenu que de la boutique à jetons. La classification est fixée à 9+.

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Source : Sungki Bae