
La publication d’un exploit iPhone présenté comme un travail de recherche vient d’être stoppée par la justice américaine. Dans le dossier Magnet Forensics LLC v. Del Gaudio, la juge Victoria Marie Calvert a partiellement accordé une injonction préliminaire demandée par Magnet Forensics. D’après la plainte déposée le 7 juillet et une déclaration versée au dossier le 17 juillet, Mario Del Gaudio et Paradigm Shift devaient retirer avant le 23 juillet à 23 h 59 (heure de l’Est) l’article, le code, les documents et les détails techniques liés à usbliter8.
Le 23 juillet, la page d’origine de Paradigm Shift indiquait déjà que le billet n’était plus disponible. Cette injonction doit rester en place pendant la procédure, sauf nouvelle décision du tribunal.
Pourquoi Magnet Forensics conteste cette publication
Selon Magnet Forensics, Mario Del Gaudio a travaillé comme ingénieur en exploits pour l’entreprise entre novembre 2023 et novembre 2024. La société affirme qu’il avait signé un accord portant sur les informations confidentielles, la propriété intellectuelle et des obligations qui continuaient après la fin de sa mission.
Toujours d’après Magnet Forensics, Del Gaudio avait accès à une capacité interne zero-day baptisée « MSG », visant la même faille SecureROM sur les puces A12 et A13 que celle décrite plus tard dans usbliter8. L’entreprise soutient que ses ingénieurs discutaient de cette vulnérabilité au plus tard en avril 2024, que MSG a été intégré à un produit commercial en mai 2024, et que Del Gaudio a utilisé cette capacité à des dizaines de reprises lors de tests sur un autre outil.
Dans la déclaration du 17 juillet, le directeur de la recherche iOS de Magnet ajoute que Del Gaudio a participé à des sessions restreintes pendant une réunion interne à Denver, du 11 au 15 mars 2024. Moins de 20 personnes auraient assisté aux sessions iOS où ont été abordés la faille SecureROM, l’architecture technique de MSG et son intégration dans les produits de l’entreprise.
Un exploit qui demande un accès physique à l’iPhone
Les éléments décrits au tribunal montrent qu’usbliter8 cible le SecureROM, le code de démarrage gravé dans la puce. Le mécanisme évoqué combine une faille dans un contrôleur USB avec certains réglages de sécurité utilisés sur les appareils A12 et A13 afin d’exécuter du code en mode DFU.
Concrètement, il ne s’agit pas d’une attaque à distance. Il faut un accès physique à l’iPhone, une connexion USB, le passage en mode DFU et un matériel programmable capable d’envoyer un trafic USB spécialement préparé. D’après les documents judiciaires, cet exploit peut lancer du code non signé avant le démarrage d’iOS, mais il ne compromet pas directement la Secure Enclave et ne donne pas automatiquement accès au code de déverrouillage ni aux données chiffrées. D’autres vulnérabilités ou techniques seraient nécessaires pour aller plus loin.
Ce que ça change
Pour les utilisateurs d’iPhone, cette affaire ne décrit pas un risque massif du quotidien : l’exploit suppose de manipuler physiquement l’appareil avec un équipement spécialisé. En clair, on est loin d’une faille exploitable simplement via Internet ou une application.
En revanche, le dossier montre à quel point ce type d’outil a de la valeur dans le secteur du forensic mobile. La juge n’a pas encore tranché sur le fond, mais elle considère à ce stade que Magnet Forensics a présenté des arguments suffisamment solides sur le secret industriel et le contrat pour justifier un retrait immédiat.