
Un détective peut résoudre un meurtre dans un manoir. Beaucoup moins pratique quand le suspect est peut-être un personnage effacé par les développeurs du jeu lui-même. Crushed In Time envoie ses versions très cabossées de Sherlock Holmes et Dr Watson enquêter sur la disparition d’un protagoniste, alors que leur toute nouvelle aventure menace de partir en vrille.

Le principe tient en une phrase : il faut faire avancer le duo dans un Londres victorien et dans les coulisses de sa propre production, en manipulant les scènes et en résolvant des énigmes pour retrouver le personnage manquant.
Le studio Draw Me A Pixel reprend ainsi les détectives aperçus dans There Is No Game: Wrong Dimension, mais leur donne ici leur propre affaire. Le terrain de jeu ne se limite pas à des rues embrumées et des salons d’époque : l’enquête traverse les étapes de fabrication du jeu, avec des détours annoncés par le temps, le code et les bugs volontaires. C’est de l’aventure à clics qui regarde la caméra, casse le décor et demande au joueur de ne pas trop respecter les murs.
Une enquête où le décor ne tient pas en place
Crushed In Time ne semble pas vouloir jouer la carte du polar sérieux. Les deux enquêteurs sont présentés comme des héros maladroits, et les dialogues intégralement doublés devraient porter une large part de l’humour. Les énigmes reposent sur l’observation, les interactions avec les éléments du décor et une idée plus singulière : les personnages peuvent être étirés puis projetés à travers l’écran pour atteindre ou déplacer certaines choses.
Le jeu annonce aussi des passages entre 2D et 3D. Ce n’est pas juste une coquetterie visuelle dans son pitch : l’histoire se déroule dans un titre incomplet, dont les niveaux et les règles paraissent se dérégler au fil de l’enquête. Attendez-vous donc à une aventure méta dans la famille de There Is No Game, davantage intéressée par les ficelles du médium que par le respect des conventions du roman policier.

Les captures officielles donnent un assez bon aperçu du ton. On y voit des pièces en perspective, bâties en 3D stylisée avec des volumes anguleux et un rendu de bande dessinée. Un salon jaune et rouge, une bibliothèque, un personnage caché derrière son journal dans un fauteuil : le Londres victorien est là, mais il a visiblement été passé dans une machine à couleurs très vives.
La palette empile rouge, orange, violet, bleu et jaune sans chercher le réalisme. Une autre scène montre un intérieur violet et rouge avec escalier et fauteuil, tandis qu’un écran quadrillé bleu affiche une courbe verte et rouge entourée de cadrans. Une carte orange, parcourue d’un chemin en pointillés et d’icônes, évoque aussi des déplacements entre les zones. Des mains blanches superposées signalent les éléments à toucher : le jeu affiche clairement ses intentions tactiles. L’interface visible sur ces images est en anglais.
Pour les amateurs de puzzles qui aiment qu’on leur tire le tapis
Le public idéal connaît déjà l’humour absurde de Draw Me A Pixel, ou cherche un jeu narratif qui préfère le détournement aux grandes tirades dramatiques. Si l’idée de fouiller un décor, de relier des indices et de voir une énigme changer de forme parce que le jeu fait semblant de se démonter vous amuse, Crushed In Time a de solides arguments sur le papier.
En revanche, passez votre chemin si vous voulez un Sherlock méthodique, une reconstitution victorienne crédible ou un puzzle game minimaliste sans bavardage. Ici, les références aux développeurs, les ruptures de dimension et les blagues semblent faire partie du mécanisme, pas simplement de l’habillage. Ceux qui n’accrochent pas au méta risquent de trouver le voyage plus agité qu’une enquête classique.

Crushed In Time sortira le 19 octobre 2026 dans Apple Arcade. Il sera donc accessible sans achats intégrés ni publicité aux abonnés du service, sur iPhone et iPad équipés d’iOS ou iPadOS 15 au minimum. Prévoyez environ 1,6 Go d’espace de stockage : une taille conséquente pour une aventure qui promet de faire tenir plusieurs dimensions dans le même dossier.
Ce n’est pas le jeu à lancer pour une enquête victorienne bien rangée. C’est plutôt un point-and-click qui a compris que le meilleur suspect, parfois, c’est le jeu lui-même.

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Source : Draw Me A Pixel