
Un donjon, des monstres, et un héros incapable de freiner : Dungeon Splat! prend l’aventure fantasy, la pose sur une grille et lui donne des patins à roulettes. Le résultat annoncé n’est pas un hack’n slash où l’on mitraille l’écran, mais un puzzle de trajectoires : vous balayez dans une direction, votre personnage file tout droit jusqu’à rencontrer un mur et élimine les créatures sur son passage.

Le principe tient donc en une phrase : il faut vider chaque salle, ouvrir l’escalier et descendre, en trouvant dans quel ordre utiliser murs, coins et couloirs pour ne pas rester bloqué. Pas de déplacement en diagonale, pas d’arrêt au milieu d’une course : un geste mal pensé peut vous expédier au mauvais endroit. C’est du puzzle à l’ancienne, sous une couche de viscères néon très sage.
Un Sokoban qui préfère les projections aux caisses
Le studio annonce un millier de salles réparties sur neuf phases. Les premiers tableaux seraient compacts, puis les niveaux s’étendraient en labyrinthes sur plusieurs écrans. L’idée n’est pas de survivre à des pièges ou de gérer une jauge d’énergie : chaque pièce doit avoir une solution, et l’obstacle central est le chemin à inventer pour atteindre tous les ennemis et la sortie.
À partir du niveau 16, les donjons s’organisent notamment autour de boucles plutôt que de culs-de-sac. C’est une modification qui compte pour un jeu de ce type : les passages circulaires permettent de revenir sur ses pas et compliquent la lecture de la salle. Les gros boss, eux, se fragmentent en ennemis ordinaires une fois suffisamment entamés ; les vaincre promet un meilleur butin.
Les captures officielles montrent une vue de dessus verticale, découpée en cases, avec de petits sprites très colorés. Le fond reste noir ou bleu nuit, tandis que les héros, monstres et éclaboussures explosent en violet, rouge, vert, cyan ou jaune. Crânes géants, squelettes, chiffres flottants et halos lumineux donnent à l’ensemble l’allure d’une borne d’arcade fantastique qui aurait été laissée branchée trop longtemps. L’interface visible est en anglais : écran « TAP TO PLAY », compteur de score, niveau et barre de progression compris.

Mille salles, et un détour quotidien pour les acharnés
La campagne constitue le gros morceau, mais Dungeon Splat! ajoute aussi un Daily Dungeon. Le principe est simple : une salle renouvelée chaque jour, identique pour tous les joueurs, avec un classement fondé sur le temps réalisé. Certaines de ces salles quotidiennes utilisent elles aussi les boucles, et le jeu suit les séries de jours consécutifs. Une carte de partage, tirée de la salle tout juste nettoyée, permet de montrer son chrono.
Le jeu propose plusieurs apparences de héros — ninja, lapin, samouraï, robot, magicien, pirate ou panda, entre autres — sans différence annoncée dans leurs capacités. Ce sont des costumes, pas des classes. Les monstres rencontrés alimentent également un registre avec le nombre total d’ennemis éliminés. De quoi donner un petit objectif de collection à ceux qui veulent tout cocher, sans transformer le puzzle en jeu de rôle.
Chaque partie devrait aussi changer de couleurs, avec des murs, monstres et éclaboussures tirés dans une nouvelle palette à chaque descente. Le tutoriel reste accessible directement sur la carte, ce qui évite de devoir chercher un menu obscur pour reprendre les bases. Ce sont de petits détails, mais ils indiquent surtout que le jeu veut faire rejouer ses mêmes règles sur beaucoup de configurations de salles.

Une idée claire, avec un vrai sujet autour de sa fabrication
Il y a toutefois un éléphant algorithmique dans la pièce. Dungeon Splat! a été présenté comme un jeu entièrement fabriqué avec de l’IA. Ce n’est pas un détail neutre, surtout pour un titre indépendant qui s’appuie autant sur ses sprites, ses décors et son habillage. Certains joueurs n’y verront qu’un procédé de production ; d’autres préféreront passer leur tour, estimant qu’un jeu de puzzle, même modeste, mérite ce travail humain visible dans chaque salle et chaque illustration. C’est une réserve légitime à avoir avant de soutenir le projet.
Je ne vais pas inventer un verdict sur son équilibre ou la qualité de ses énigmes sans l’avoir installé. Sur le papier et dans ses images, Dungeon Splat! vise en revanche très précisément les amateurs de puzzles de glisse : ceux qui aiment regarder une grille, prévoir trois rebonds et recommencer parce qu’un mur était la clé. Les joueurs qui cherchent de l’action libre, des combats techniques ou une aventure narrative risquent de trouver le cadre terriblement étroit. Et si l’usage de l’IA pour créer un jeu est une ligne rouge pour vous, la question est déjà réglée.
Dungeon Splat! est gratuit sur l’App Store, sur iPhone et iPad équipés d’iOS ou iPadOS 16 au minimum. Il pèse environ 111 Mo et sa classification est fixée à 12 ans et plus. L’interface étant en anglais, mieux vaut aussi être à l’aise avec les quelques indications de jeu dans cette langue. Voilà un petit donjon à essayer pour son idée de puzzle, pas à télécharger les yeux fermés pour sa seule peinture néon.

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Source : Albert Cox