
Imaginez Sherlock Holmes coincé dans un décor de jeu vidéo, pendant qu’une main géante invisible tire sur les meubles, les mécanismes et parfois les personnages. Crushed In Time part de cette idée-là : une enquête absurde où Holmes et Watson doivent réparer un jeu dont le studio semble avoir perdu le contrôle.

Le principe tient en une phrase : au lieu de simplement toucher les éléments du décor, vous les attrapez, les étirez puis les relâchez pour déclencher des actions, résoudre des énigmes et faire progresser les deux enquêteurs à travers une aventure qui joue avec son propre code, ses décors et le voyage dans le temps.
Je ne l’ai pas installé, donc pas de faux verdict sur son confort ou sa difficulté. Mais ce que le studio montre, et ce que les premiers joueurs racontent, dessinent assez clairement le terrain : c’est du point-and-click qui a rangé le pointeur dans un lance-pierre, avec une grosse couche d’humour britannique et de quatrième mur fracassé à coups de marteau.
Un point-and-click où l’on tire sur le monde
Le geste central de Crushed In Time est ce système élastique. Une main blanche apparaît sur les écrans : elle saisit une zone, tend un objet ou un personnage, puis le relâche. Certains éléments semblent aussi pouvoir être activés par rotation. L’idée n’est donc pas de combiner trente objets dans un inventaire en espérant que le canard en caoutchouc ouvre une porte, mais de manipuler physiquement les scènes pour provoquer le bon enchaînement.
Le jeu garde toutefois une part de cette logique parfois tordue propre aux aventures à énigmes. Plusieurs retours évoquent des solutions qui demandent des essais, notamment au début, et conseillent d’utiliser les indices plutôt que de s’acharner devant un détail qui ne réagit pas comme prévu. Le système d’aide est justement présenté comme accessible à la demande. Bonne nouvelle pour ceux qui aiment chercher ; moins bonne si votre idée du puzzle idéal consiste à ne jamais tâtonner.
Les joueurs qui ont accroché parlent d’écriture loufoque, de dialogues doublés et de situations où les héros commentent ce que le joueur leur fait subir. D’autres nuancent : le principe de l’étirement peut perdre un peu de sa nouveauté sur la longueur, et la comparaison avec There Is No Game: Wrong Dimension, précédent titre du studio, n’est pas toujours à l’avantage de cette nouvelle aventure.

Des pièces de théâtre en rouge, violet et orange
Les captures officielles ne montrent pas un Sherlock victorien sage et brunâtre. On y voit une 3D stylisée aux contours graphiques, très saturée, où l’orange, le rouge, le violet et le bleu prennent toute la place. Un salon avec cheminée, bibliothèque et fauteuil pose le décor de départ ; ailleurs, une pièce rouge et violette aligne escalier, tableaux et petits personnages comme un plateau de théâtre légèrement déréglé.
L’aventure quitte aussi le salon pour des écrans qui ressemblent davantage à l’intérieur d’un programme : une grille avec courbes, cadrans et le libellé « WAVESHAPE », ou encore une carte orange vue de dessus dont les points sont reliés par un chemin. Cette alternance entre pièces en perspective, interfaces et cartes colle bien à l’histoire d’un jeu qui se démonte sous les pieds de ses personnages. L’interface visible sur les images est en anglais ; l’application, elle, annonce dix langues disponibles.

Une démo à essayer avant de juger
Crushed In Time se télécharge gratuitement sur iPhone et iPad, mais il ne s’agit pas d’un jeu gratuit complet : le début sert de démo, puis un achat intégré unique débloque le reste de l’aventure. Le montant n’est pas affiché ici, mais le modèle a au moins le mérite d’être lisible : pas de publicités et pas de pluie de monnaies virtuelles à acheter.
Comptez environ 1,5 Go d’espace libre et iOS ou iPadOS 17 au minimum. Ce n’est pas anodin pour un jeu à l’allure cartoonesque : vérifiez votre stockage avant de lancer le téléchargement, surtout sur un appareil déjà rempli de photos et de mises à jour en attente.
La sortie est récente, et il y a eu quelques accrocs signalés. Des avis français mentionnent des blocages ou des crashs sur certains appareils, notamment un iPad mini 5 et un iPhone 12, tandis que la mise à jour du 3 novembre corrige précisément des problèmes de progression sur les appareils dotés de 3 Go de mémoire vive ou moins, dont un blocage vers la fin du premier chapitre. Cela ne permet pas de prédire votre cas, mais c’est une information à garder en tête si vous jouez sur un modèle ancien.

À qui confier cette enquête élastique ?
Vous devriez tenter la démo si vous aimez les aventures à l’ancienne qui assument leurs énigmes farfelues, les jeux qui parlent au joueur et les mécaniques tactiles pensées comme le cœur du puzzle. Les amateurs de Sherlock sérieux, de déductions méthodiques et d’enquêtes réalistes risquent en revanche de tomber sur une mauvaise adresse : ici, Holmes et Watson servent surtout de duo comique au milieu d’un jeu qui aime dérégler sa propre machine.
Le vrai filtre, c’est votre tolérance à l’essai-erreur. Si tirer sur un décor dans tous les sens jusqu’à comprendre l’idée du concepteur vous amuse, Crushed In Time a une proposition assez rare sur mobile. Si cela vous fait lever les yeux au ciel, la démo gratuite vous évitera un achat de trop. Voilà un jeu qui ne cherche pas à être raisonnable ; mieux vaut savoir avant d’entrer dans la pièce.
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Source : Draw Me A Pixel