
Il y a des gens qui lisent le carnet de leur oncle. Et il y a Cummerbund Bandersnatch, qui y trouve une formule promettant de lui faire passer un bon moment, la boit sans poser davantage de questions, puis se réveille avec une existence nettement plus compliquée. À Londres, des chiens disparaissent ; la nuit, notre aristocrate à gilet violet devient une créature bien moins présentable. Voilà le point de départ de Heir of the Dog, un point’n click victorien qui préfère la potion ratée et la blague absurde au drame gothique bien peigné.

Le principe tient en une phrase : vous explorez Londres, discutez avec ses habitants, ramassez et combinez des objets pour résoudre des énigmes, tout en alternant entre la version humaine de Cummerbund le jour et sa forme monstrueuse la nuit.
Jekyll et Hyde, avec un chien dans le titre
Le jeu développe une idée née très vite : Tall Story Games avait conçu Hair of the Dog, un petit projet de game jam réalisé en deux semaines, avant de bâtir une aventure plus ample autour de son drôle de cousin au nom presque identique. Le changement d’une lettre n’est pas anodin : cette fois, l’histoire prend place dans un Londres victorien rempli de disparitions canines, de laboratoires douteux et de haute société manifestement prête à croiser des poux qui parlent.
Cummerbund est annoncé comme un riche imbécile, ce qui est généralement une excellente base pour une comédie d’aventure : il provoque le problème, puis doit parcourir la ville pour le réparer. Son enquête le mène des rues sombres aux boutiques, aux intérieurs bourgeois et au laboratoire de son oncle. Le studio revendique des influences du côté de Blackadder et des Monty Python : un avertissement utile autant qu’une promesse. Si vous aimez l’humour britannique où les noms ridicules, les classes sociales et les situations embarrassantes prennent beaucoup de place, le terrain semble favorable. Si l’idée vous fatigue déjà, inutile d’espérer qu’un microscope et quelques fioles changent la donne.

Deux Londre(s) pour éviter la chasse au pixel ?
L’alternance jour-nuit est la mécanique qui peut faire sortir Heir of the Dog du simple défilé d’objets à utiliser au bon endroit. Le jour, Cummerbund circule sous son apparence humaine. La nuit, sa transformation modifie les lieux accessibles, les personnages rencontrés, les actions disponibles et les problèmes à résoudre. Plus loin dans l’aventure, le jeu prévoit aussi de faire regarder Londres avec les yeux — et surtout le flair — d’un chien.
Sur le papier, c’est une manière assez maligne de renouveler les décors et de donner plusieurs usages à une même rue ou un même bâtiment. Cela ne dit pas si chaque énigme tombera juste, ni si la solution sera toujours limpide : un point’n click reste capable de cacher un objet essentiel derrière un élément de décor avec l’élégance d’une brique dans une tasse de thé. Mais l’idée de puzzles qui changent avec l’identité du héros est autrement plus intéressante qu’un inventaire posé là pour la tradition.
Les captures officielles montrent une aventure en pixel art 2D, vue de côté, avec une palette de gris, de verts ternes et de bruns. Quelques rouges — un auvent rayé, des éléments de décor — ressortent dans ces scènes nocturnes assez maussades. On y aperçoit notamment une fontaine entourée de pigeons, une rue aux portes closes, une façade de boutique et un laboratoire garni de fioles. En bas de l’écran, une barre rassemble actions et objets ; des boutons ronds occupent le coin supérieur droit. Les libellés de l’interface visibles sur les images sont en français.

Une aventure à lire et à écouter
Le jeu mise aussi sur les voix : le doublage est intégralement en anglais, avec notamment Sally Beaumont, Shaun Mendum — entendu dans Baldur’s Gate 3 —, Alasdair Beckett-King et Savy Des-Etages. La distribution doit porter une galerie allant des gamins des rues aux figures de la bonne société victorienne, sans oublier les bestioles bavardes. C’est un détail qui compte dans ce type d’aventure : beaucoup de son identité passe par le texte, le rythme des répliques et la capacité d’un personnage à assumer un nom comme Cummerbund Bandersnatch sans éclater de rire.
Heir of the Dog coûte 17,99 € sur l’App Store : c’est un jeu payant, pas un free-to-play à monnaie virtuelle déguisé en enquête londonienne. Il est prévu pour iPhone et iPad, pèse environ 673 Mo et demande au minimum iOS ou iPadOS 15.6. Sa classification 12+ colle à cette virée dans une ville sombre, avec une transformation monstrueuse et un humour qui ne vise visiblement pas la maternelle.

Pour les amateurs de vieux manoirs et de vannes sèches
Ce titre vise d’abord les joueurs qui regrettent les aventures à inventaire, les dialogues absurdes et les énigmes posées dans des décors dessinés à la main, plutôt que les adeptes de sessions de trois minutes entre deux notifications. Il peut aussi parler à ceux qui aiment voir un système narratif — ici la métamorphose — modifier concrètement les possibilités offertes dans les scènes.
En revanche, passez votre chemin si vous cherchez de l’action immédiate, un jeu sans lecture ou une vision réaliste du Londres victorien. Ici, on a un gentleman qui boit une formule inconnue parce qu’elle promet de s’amuser : le sérieux a quitté la pièce avant même que la potion soit ouverte. Pour 17,99 €, Heir of the Dog se présente comme un pari pour les amoureux de point’n click à l’ancienne, avec assez de crocs et de mauvais choix pour ne pas sentir la naphtaline.
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Source : Tall Story Games